Des nouvelles du musée en 2009
Si vous avez eu la chance de visiter le Musée de Paléontologie de La Voulte, alors situé sur les quais du Rhône, vous pouvez aujourd'hui visiter seulement ce Musée virtuel, que j'ai créé à défaut de pouvoir vous accueillir dans des conditions satisfaisantes.

Pour ceux qui n'ont pas connu l'existence du musée (de mai 1989 à octobre 2006), mes plus belles découvertes s'y trouvaient. Avec l'aide d'assistantes, je recevais les dernières années près de 12 000 visiteurs, dont environ la moitié de scolaires. En période estivale, les touristes, français et étrangers étaient nombreux à venir, et parfois même à revenir. Les visites, toujours commentées (avec un accueil minima en anglais, allemand et néerlandais) étaient faites en fonction des besoins et connaissances des personnes ; depuis la personne totalement profane, jusqu'au scientifique, en passant par l'étudiant ou l'érudit de paléontolgie, j'ai accueilli des personnes venant d'horizons les plus divers.

Avec ma petite équipe, il n'y avait qu'un objectif, faire passer un agréable moment à celui, qui seul, en famille ou avec des amis avait fait le pari de pénétrer dans un lieu aussi peu attirant ... et là le miracle se produisait, plus ou moins vite, parfois seulement à la sortie.
Je ne voudrais pas vous inportuner avec des anedoctes ou des visites, qui m'auront marqué à jamais, mais je vous en livre quelques-unes pêle-mêle ;
Un jour d'été, un visiteur s'exprimant en français avec un accent américain prononcé écoutait un peu distraitement mes explications. Je me suis très vite aperçu que j'avais affaire à un connaisseur..., c'est bien peu dire car en cours de visite, il m'a expliqué qu'il était le spécialiste des céphalopodes de l'Américan Museum of Natural History de New-York. Propriètaire d'une maison dans le sud de la France, il était venu se rendre compte lui même de dégâts d'orage et comme il connaissait l'existence de la collection et du musée par l'ouvrage "exceptional fossil preservation , an unique view on the evolution of marine life" édité par Colombia Université Press, il avait voulu aussi voir de visu. Il avait été totalement stupéfait de ce qu'il avait vu, notamment pour ce qui concerne la préservation en trois dimensions des parties molles des céphalopodes. Il s'agissait du Docteur Neil H. LANDMAN.
Certains visiteurs, devinrent par la suite ceux que j'appelle avec sympathie des "collègues de pierres" Ces amateurs, recontrés grâce à l'existence même de la structure, tous des êtres passionnés comme moi, ce ne sont pas des intimes mais grâce au musée, nous avons eu plaisir à partager un peu de notre passion commune, à apprendre eux de moi, moi d'eux. D'une manière générale, en paléontologie, les amateurs sont très appréciés et ils bénéficient d'une sorte de statut informel très positif dans la mesure où ils sont de fait les chevilles ouvrières de cette discipline, puisque c'est à eux que l'on doit la plupart des plus belles découvertes. Leur précieux concours à la science leur vaut dans le milieu la reconnaissance des chercheurs dignes de ce nom, d'une part et une appartenance difficile à définir à un groupe, celui des non-professionnels passionnés, autrement dit des AMATEURS. Parmi donc les "collègues de pierre", vous trouverez aussi bien (au masculin ou au féminin...) chirurgiens, cadres supérieurs, enseignants, paysans, retraités ou gendarmes...Deux d'entre eux sont malheureusement partis ; ils venaient l'un et l'autre régulièrement me parler, me demander où j'en étais dans mes découvertes, ils m'apportaient une pierre trouvée à la faveur d'une longue attente en surveillance afin que je l'identifie ; ils venaient parfois avec de nouveaux collègues pour les initier, leur montrer un peu ce que c'est que l'étape au dessus de la collecte ; les fossiles une fois préparés, ce que cela veut dire au niveau scientifique,... Ce sont aussi à deux reprises d'autres collègues gendarmes, qui vinrent m'apprendre que je n'aurai plus jamais leur visite, ils avaient juste fait une bêtise, un jour où le métier avait été encore un peu plus dur. Le gendarme D. m'avait raconté ainsi la dureté des horaires des plans"vigie-pirate", et surtout sa frustration lorsqu'il avait des heures durant stationné dans le maquis avant que la porte blindée de la porte de la si fameuse grotte Chauvet fut installée... "c'est dingue, on est à quelques dizaines de mètres, dire qu'on rentrera jamais dedans, ni nous ni personne... " Enfin, aujourd'hui, mon collègue doit avoir un peu d'avance sur nous tous,...en attendant la encore plus fameuse restitution...
Par un triste après-midi d'hiver, une visiteuse après avoir suivi ma visite très studieusement, m'a dit quelque chose que je n'oublierai jamais : "Monsieur, vous avez tellement fait pour mon fils, je suis venue spécialement vous remercier. Vous savez, il revient de très loin et c'est grâce à plusieurs visites qu'il a fait avec vous qu'il est aujourd'hui le jeune homme épanoui, qu'il n'a failli jamais être". Je ne comprenais pas très bien ; je recevais alors et depuis quelques années déjà des dizaines d'enfants par semaine, qui nourris de "Jurassic park" et forts de quelques magnifiques découvertes faites avec moi sur le terrain ou à la carrière du Pouzin
, voulaient tous devenir paléontolgues. Je pensais donc qu'elle allait me dire que l'un de ces jeunes avait entrepris des études de géologie, ou quelque chose comme cela. Non, c'était juste un peu plus merveilleux encore..., ce jeune homme, qui avait été en très grande difficulté scolaire, était venu visiter la première fois le musée avec son école, un IME (Institut Médical Educatif), puis il avait demandé à revenir avec sa maman, était revenu seul plusieurs fois...le virus me direz vous peut contaminer tout le monde. Oui, mais pour lui ce fut un peu plus car ce que je ne savais pas c'est que lors de sa première visite, il avait même des difficultés à lire et que comme il voulait absolument mieux comprendre les fossiles, il a travaillé très dur pour arriver à lire les ouvrages de vulgarisation afin de comprendre le monde fascinant et complexe de la paléontologie et d'arriver à déterminer ce qu'il avait eu l'occasion de voir et de récolter. Contre toute attente, grâce à l'étincelle que furent sa première visite au musée, nos échanges, il devint si assidu à l'école qu'il parvint rien moins qu'à obtenir un diplôme de meuniserie et à occuper un emploi.

Sur la question de la difficile impasse dans laquelle se trouvait le musée, peu avant sa fermeture, je citerais seulement l'analyse faite par un jeune élève architecte ; je vous laisse donc
le soin de lire un extrait du remarquable travail réalisé par Damien VIELFAURE, pour la soutenance en mai 2006 de son diplôme d'architecte à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble, qu'il a obtenu avec les félicitations du jury, et dont le thème était "Reconversion des fonderies de La Voulte sur Rhône". Il donnait avec précision et clarté l'analyse de la situation :
Le musée aujourd'hui
Un musée réputé
Les principaux fossiles découverts sur le site de La Voulte sont présentés au public dans le Musée de Paléontologie de La Voulte.
Sont rassemblés aussi, des spécimens découverts sur les autres sites exceptionnels du Coiron et des carrières du Pouzin. Le musée détient aussi une impressionnante collection provenant du monde entier, retraçant l'évolution de la vie. Il permet de compléter la visite par un panorama large sur l'évolution des espèces.

Depuis une dizaine d'années, le musée de Paléontologie en collaboration avec le Conseil Général et l'Inspection Academique a mis en place la découverte de quelques sites à proximité de la faille géologique de La Voulte en adaptant les explications aux programmes scolaires des écoles primaires, collèges et lycées. Les ateliers sur site de recherche de fossiles sont particulièrement appréciés du public. De même, lors de la visite au musée, la muséographie et les explications leur sont particulièrement adaptées.
Des ateliers ouverts à tout public sont aussi organisés et remportent un franc succés. Cette activité de plein air attire plus que la visite d'un musée. Ces visites sont commentées par Bernard RIOU qui sait mieux que personne d'autre faire passer sa passion pour la paléontologie. En outre, il a beaucoup de connaissances sur l'histoire de La Voulte et les fonderies, ce qui lui permet de faire un panorama large et très instructif de la richesse géologique, historique et industrielle locale.
Une richesse en péril
Le musée est un véritable emblème pour La Voulte. Il constitue un élément majeur de l'attractivité culturelle de la ville.

Cependant, il n'est pas assez mis en valeur: les locaux sont exigus et posent de sérieux problèmes de sécurité et d'accessibilité qui pourraient même impliquer sa fermeture préventive. La sécurité incendie, l'accessibilité aux personnes à mobilité réduite ainsi que les réglements relatifs au classement ERP (établissements recevant du public) ne sont pas satisfaits. Une réponse à cette situation est à envisager rapidement afin d'assuer un avenir au musée.
De même, la gestion associative à l'échelle locale du musée n'est pas à la mesure de la collection qu'il abrite et de l'intérêt touristique d'un tel équipement. Il mériterait de meilleurs conditions d'exposition et une valorisation économique plus importante pour ses employés.
Il se situe actuellement en bordure de la nationale 86 ce qui lui offre une vitrine visible mais pose des problèmes de sécurité évidents. Sa situation urbaine ne permet pas non plus de réaliser des ateliers de fouille sur place: il implique alors une navette sur un des sites d'acceuil.(fin de citation)
Epilogue
Ainsi, l'exiguité des locaux a eu raison de la ténacité de toute la petite équipe du musée et de mon courage. Dans l'impossibilité matérielle d'investir pour une structure plus lourde et coûteuse, je m'en suis remis aux élus locaux et ce depuis 1999 ; la renommée du musée, l'acroissement du nombre de visiteurs, le monde enseignant demandeur, ...tout était prêt pour un autre départ, hormis que cela n'a pas marché. Après plusieurs études, qui toutes concluaient à la necessité de faire quelque chose localement à partir de ma collection, avec le personnel en place, mais avec des locaux autres, un fonctionnement amélioré et un portage public (le musée a vécu sous la forme associative pendant 18 ans), le musée à bout de souffle, face à l'augmentation des charges a dû fermer ses portes.

C'est avec beaucoup de peine que j'ai dû arrêter ce travail que j'aimais, quitter mes collègues de travail, et que j'ai moi-même minutieusement emballé la collection pour la conserver dans de bonnes conditions.
Fin 2009 où en est-on des projets ?
Dans le dernier magazine municipal: "La Voulte-sur-Rhône Vers Vous" d'octobre 2009 il est précisé :
"La Boissine, Un Projet d'envergure
Le Conseil Général de l'Ardèche, propriétaire du site paléontologique de La Voulte sur Rhône depuis 2005, et la commune de La voulte-sur-rhône, ont la même volonté de préserver un site naturel exceptionnel : La Boissine. D'où son classement par le Département en Espace Naturel sensible (ENS).
Sur le plan paléontologique, l'ensemble de la Communauté scientifique considère le site de La Voulte-sur-Rhône comme un lieu tout à fait exceptionnel, parmi les 20 sites les plus importants au monde pour la qualité de préservation de ses fossiles.
Sur le plan géologique, la Boissine abrite une ancienne exploitation minière d'où fut extrait durant le XIXème un minerai exceptionnellement riche en fer.
Sur le plan écologique, une étude réalisée en 2005 par le Conservatoire Botanique National du Massif Central a mis en évidence la présene de 16 habitats différents sur le site fossilifère et ses environs. On peut y apercevoir des reptiles, rapaces, papillons protégés,capricornes ou bien encore chauves-souris. Face à de tels trésors, les messages conjoints du Département, maître d'ouvrage des opérations et de la Commune sont simples:
protégeons ce patrimoine unique en l'ouvrant de façon maîtrisée au public (visites encadrées, ateliers pédagogiques).
Le Projet:
Ouverture d'une Maison du site dans laquelle la commune interviendra comme maître d'ouvrage délégué. Lieu d'acceuil et d'exposition pour les scolaires et le grand public, elle pourrait aussi être utilisée à l'occasion notamment de conférences.
Par ce biais, la Ville entend développer son potentiel culturel et touristique.
Par ailleurs, un aménagement des espaces (salle hors sac) permettra l'acceuil des scolaires et des scientifiques.C'est ainsi que la mise en valeur du site paléontologique de la Boissine constituera un outil pédagogique de grand intérêt, dans un but de compréhension de la géologie, de l'environnement et des richesses patrimoniales naturelles et culturelles locales. "
